La santé, l'hygiène et l'eau

En matière d'aide et de soutien, l'hygiène et la santé s'ajoutent aux activités scolaires compte tenu de la pauvreté qui règne dans les populations pour lesquelles Ecoles de la Terre travaille. La dégradation de l'environnement et le paupérisme ont concouru au fil du temps à engendrer et semer les maladies dans les régions rurales des Îles Sundarbans, du Bihar, du désert du Thar et dans les bidonvilles de Calcutta et de Delhi.


Dans de nombreux villages et quartiers pauvres des villes, les conditions de vie sont non seulement difficiles mais insalubres et malsaines. La mauvaise qualité de l’eau et de la nourriture ainsi que le bas niveau d’hygiène expliquent en bonne partie ce mauvais bilan. L’extrême pauvreté de la plupart des familles oblige à conserver les aliments trop longtemps et dans de mauvaises conditions; la nourriture est le plus souvent avariée et sans valeur nutritionnelle.


L’état de santé des enfants est la plupart du temps préoccupante. Certains cas nous obligent à intervenir rapidement. Les maladies observées le plus fréquemment sont les altérations de la peau, les eczémas, les furoncles, les infections pulmonaires, la tuberculose, les infections des lèvres et des yeux ainsi que les problèmes intestinaux, la gastro-entérite, la diarrhée ou la dysenterie. Atteints par ces maladies, les enfants en sont les premières victimes. Polio, malaria, méningites, leishmaniose, gale, filariose, lèpre, fièvre typhoïde, hépatite A, choléra et diarrhées chroniques sont également présentes et engendrent elles-mêmes d'autres troubles. 


C'est bien entendu contre l'insalubrité que nous devons lutter en priorité. Réviser les codes et les règles d'hygiène fondamentales sont à l'ordre du jour et doivent être initiées à l'école. L'accès aux toilettes devient un pari et un défi de santé publique.

La différence entre ville et campagne


Dans les bidonvilles et les quartiers pauvres des grandes cités, les conditions d'hygiène sont délicates, souvent dramatiques. En bidonville, la promiscuité avilissante et le voisinage exigu des familles rendent la vie incommodante et malpropre. Lors des grandes pluies, les inondations et les glissements de terrain sont fréquents du fait du manque d'évacuation des eaux. Les services sanitaires, l'accès à l'eau potable, aux toilettes et à l'électricité sont trop souvent inexistants ou alors défectueux. Une gestion convenable des déchets n'est jamais assurée et augmente les risques de maladies. La pollution omniprésente s'ajoute à la malnutrition. Le respect des normes d'hygiène est quasiment impossible à appliquer. Les habitants des bidonvilles ne se rendent à l'hôpital qu'en situation extrême. S'ils y vont, ils choisiront un hôpital d'Etat, dépourvu de moyens suffisants, surchargés et en sous effectifs; tout cela pour une question de coût, sachant qu'ils n'ont aucune possibilité de dépenser de l'argent pour leur santé, étant par ailleurs privés d'assurance maladie.


Malgré une croissance soutenue ressortant des indicateurs économiques, l'Inde demeure rurale et miséreuse. L'explosion démographique touche en premier lieu les grandes cités indiennes; néanmoins les trois quarts de la population vit encore dans les campagnes. Si la question de l'hygiène en général et l'accès à l'eau potable rencontrent grosso modo les mêmes obstacles que dans les mégapoles, il faut toutefois relever les nuances provenant des cultures antagonistes des villages et des cités. L'Inde compte un lit d'hôpital pour plus de 2'000 personnes. Cette statistique ne s'applique guère aux zones rurales éloignées pour lesquelles bon nombre de ses habitants n'ont jamais imaginé se rendre un jour dans un hôpital. La différence entre les soins proposés aux riches et ceux dont peuvent se payer les pauvres est stupéfiante. Près de 90% de la population rurale n'a pas d'assurance maladie. 


Le système de santé indien est l'un des plus inégalitaires au monde. Si vous avez de l'argent vous aurez accès aux services de santé. Ainsi, un nombre incroyable d'Indiens n'a même pas accès aux soins les plus élémentaires; et cela même si l'administration centrale indienne essaie de mettre sur pied un programme médical destiné à exonérer les Indiens les plus pauvres des frais médicaux dans certains établissements publics. Les hôpitaux publics étant surchargés et déficients, ce programme médical de secours ne peut pas s'étendre à l'échelle du pays.

Le programme santé que nous proposons


Dans ce capharnaüm médico-social, qu'avons-nous pu mettre en place pour remédier un tant soit peu à ce désert sanitaire ? Depuis le début de l'instauration des premiers programmes scolaires, à la fin des années 1990, nous avons organisé pour chacune de nos branches, au Bengale, au Bihar, puis au Rajasthan, des petits modules de santé itinérants, mobiles, où médecins et infirmiers visitent à fréquence régulière les élèves de toutes nos écoles. 


Lors de la première visite de l'année scolaire, les médecins et les infirmiers effectuent pour chaque école un bilan de santé des élèves. À la suite de cette première consultation et à la lumière de ces examens, les visites qui suivront seront consacrées à la prise en charge et aux traitements des élèves concernés.


Malgré les conditions de travail difficiles et austères, dues au manque de moyens financiers et à l'éloignement géographique des écoles, les check up s'effectuent régulièrement et conduisent à des médications appropriées. Après toutes ces années de travail, nous pouvons observer que l'état de santé général des élèves s'améliore sensiblement au cours du temps.


En 2007, nous avons construit un dispensaire de campagne dans l'Etat du Bihar en faveur des habitants d'une trentaine de villages. Plus de 1'000 élèves et apprentis sont suivis dans ce dispensaire. L'équipe médicale en place garantit environ 30'000 traitements par année. Moyennant une modique charge d'inscription, les habitants nécessiteux de ces villages sont aujourd'hui au bénéfice de soins gratuits. Le médecin, accompagné d'une assistante, visite à fréquence régulière les écoles plus éloignées.


Nous souhaitons reproduire ce modèle dans les autres branches d'Ecoles de la Terre en Inde. Nos moyens financiers insuffisants ne nous ont pas encore permis de poursuivre et réaliser ce projet. Nous poursuivons les consultations médicales dans le cadre de nos unités sanitaires mobiles que nous maintenons au rythme de 4 visites mensuelles. 


Cependant, l'amélioration de l'état de santé général des élèves et de leurs familles est également à mettre au crédit d'un programme de purification d'eau mis en œuvre au cours de la dernière décennie.

Le programme Eau


L'hygiène de l'eau constituant un lien essentiel avec la santé, nous sommes intervenus dans ce domaine sachant que les maladies d'origine hydrique représentent une part immense, on parle de 80 à 90%, des soins prodigués aux enfants et à leurs familles.


Transmettant virus, bactéries, parasites, micro-organismes végétaux et animaux, l'eau et conséquemment la nourriture propagent ces maladies dont nous parlions déjà plus haut. C'est ici une bonne occasion de rappeler cette formule de Louis Pasteur que nous dit que "nous buvons le 90% de nos maladies".


L'accès à l'eau potable n'est pas à la portée de tous, à commencer par les plus pauvres. En effet, cet accès est difficile et la population rurale se bat pour réguler la consommation à des fins agricoles et domestiques. C'est la raison pour laquelle Ecoles de la Terre a construit des stations de purification d'eau de puits ainsi que des usines de fabrication d'eau potable dans le but d'éradiquer nombre de ces maladies qui proviennent de sources impures ou contaminées. 


Dans les Îles Sundarbans de l'Ouest Bengale, pas moins de 6 stations de purification d'eau de puits et 2 usines de fabrication d'eau potable ont été à ce jour construites; dans le district de Gaya au Bihar, 3 stations de purification d'eau ont également été mises en service. Aujourd'hui nous souhaitons installer pour le désert du Thar un système de purification spécifique afin de purifier l'eau des réservoirs. Chacune de nos écoles est équipée d'un tank à eau à grande capacité.


C'est la conjugaison de nos actions que nous souhaitons mettre en œuvre pour les populations nécessiteuses. Notre programme "Santé, Hygiène et Eau" s'intègre à l'éducation et illustre l'interdépendance d'un projet social où tout se relie et se développe. Poussant plus loin cette analyse, notre programme de soutien économique par le biais du microcrédit procède du même raisonnement. Tous nos programmes sont intimement liés.