Etat des lieux de l’école indienne rurale : ASER 2011

User Rating:  / 0
PoorBest 
Category: Education
Created on Monday, 28 November 2011 Written by Françoise Frossard

L’Inde est en passe de réussir la première étape de l’éducation universelle puisque près de 97 % de ses enfants sont inscrits à l’école. Mais, l’acquisition des compétences de base, arithmétique et lecture est particulièrement médiocre dans les écoles gouvernementales. On constate de graves dysfonctionnements : retards de scolarité, retards voire échecs dans l’acquisition des compétences, qui découlent de la mauvaise qualité de l’enseignement et génèrent absentéisme et abandon scolaire prématuré.

En 2011, si plus de 96 % des jeunes Indiens de 6 à 14 ans sont inscrits à l’école, plus de 40 % des élèves des zones rurales qui terminent leur scolarité obligatoire ne savent pas faire une division. Leur niveau de lecture n’est guère plus enviable, ils sont plus de 20 % à ne pouvoir lire un texte de 2e année.

C’est ce que révèle la septième enquête annuelle de l’ONG Pratham, ASER 2011 (Annual Survey of Education Report) publiée le 16 janvier 2012 sous les auspices du Ministre indien des Ressources Humaines Kapil Sibal. Cette vaste étude, comparable à l’enquête PISA pour les pays de l’OCDE, porte dès le début sur deux points-clés. « Premièrement tous les enfants de 6 à 14 ans sont-ils inscrits à l’école et dans quel genre d’école, publique ou privée ? Deuxièmement, ces enfants apprennent-ils au moins les rudiments de la lecture et de l’arithmétique"?  Par la suite ASER a aussi mesuré l’assiduité des élèves indiens, c’est-à-dire la régularité de leur présence en classe.

L’éducation pour tous presque réalisée ?

La réponse à la première question est largement positive. En effet, en 2011, selon ASER,
96,7 % des enfants de 6 à 14 ans des zones rurales sont inscrits à l’école. Un immense effort a été consenti pour quadriller le territoire indien et le doter d’écoles primaires. Selon le rapport annuel 2010-2011 du « Department of School Education.§ Literacy ». 99 % de la population rurale dispose d’installations scolaires dans un rayon d’un kilomètre autour de son domicile et 366'559 nouvelles écoles ont été ouvertes jusqu’à septembre 2010. Comment est-on parvenu à ce résultat impressionnant? Dès 2002, l'Inde a lancé un programme national phare pour l'éducation primaire appelé Education pour tous (Sarva Shiksha Abhiyan ou SSA). Il s’agit du plus vaste programme d'éducation universelle en cours dans le monde. Son objectif est de scolariser tous les enfants de 6 à 14 ans et de leur donner une éducation primaire de qualité. Il s'agit notamment de corriger les inégalités, deux cibles privilégiées dans ce domaine: les filles et les enfants de communautés minoritaires, castes et tribus défavorisées. Il s’agit aussi de remédier à l'abandon scolaire et de dispenser une éducation de qualité jusqu'à la fin du premier degré de l'enseignement secondaire (8e année). Le programme d'éducation pour tous bénéficie du soutien collectif de la Banque Mondiale par l’intermédiaire son fonds pour la pauvreté, l’IDA (International Development Association) de la Commission européenne (CE) et du département britannique du Développement international (DFID). Cette aide n‘est pas seulement financière mais aussi technique. « Les experts de l'IDA ont travaillé étroitement avec le gouvernement indien pour appuyer le programme dans son ensemble sous la forme de transferts de connaissances et de travaux de recherche rigoureux portant sur les meilleures pratiques en matière d'amélioration de la qualité de l'éducation et des résultats scolaires ». Ainsi, ce ne sont pas moins de 20 millions d’enfants non scolarisés qui ont intégré le système scolaire indien entre 2003 et ce jour, portant à plus de 97 % des classes d’âge de 6 à 14 ans le nombre des enfant scolarisés contre seulement 75 % en 2002.

Education gratuite et obligatoire

Autre mesure à porter au crédit de l’école indienne : l’introduction dès le 1er avril 2010 de la loi instaurant l’école gratuite et obligatoire pour tous les enfants indiens âgés de 6 à 14 ans, soit du degré I au degré VIII. Cette loi reprend les objectifs de la campagne « Education pour tous » : permettre l’accès à l’école de tous les enfants, empêcher l’abandon scolaire prématuré et améliorer la qualité de l’enseignement. Ce vaste sujet devrait faire l’objet d’un prochain article.

Essor des écoles privées

L’enquête ASER montre année après année dans quels types d’écoles étudient les jeunes Indiens ? En 2011 plus de 25% des écoliers ruraux fréquentent une école privée, mais cela est très variable d’un Etat à l’autre (tableau). Toutefois la tendance se confirme, les ruraux se tournent de plus en plus vers le privé pour scolariser leurs enfants. On constate une augmentation de plus de 25 % depuis 2006. Au Rajasthan par exemple la proportion passe de 26 à 35 %. C’est comme si les parents indiens ne faisaient pas confiance aux écoles publiques. La question de l’enseignement privé fait débat, c’est un sujet en soi qui pourrait être traité ultérieurement.

Niveau d’apprentissage médiocre

Le deuxième volet de l’enquête ASER examine le niveau d’apprentissage. Les enfants indiens assimilent-ils les rudiments de l’arithmétique et de la lecture ? Il ne suffit pas que tous soient inscrits à l'école pour qu'ils aillent en classe et qu’ils y apprennent quelque chose. Les résultats de l’école indienne sont particulièrement médiocres en comparaison internationale comme l’est le taux de présence en classe.

En effet, une partie trop importante des enfants indiens cumulent du retard dans l'acquisition des compétences scolaires. L’enquête ASER montre qu’en 2011 moins de 18,8 % des élèves en classe III sont à même de lire et de comprendre un texte du niveau de la classe II, ils sont 48,2 % à pouvoir le faire en classe V, classe terminale du cycle de base de l'école primaire et seulement 79,4 % en classe VIII, fin de la scolarité obligatoire. En arithmétique les résultats ne sont pas meilleurs, seulement 27,6 des écoliers en classe V sont capables d'effectuer des divisions et ils ne sont que 56,8 % à y parvenir à la fin de la scolarité obligatoire (classe VIII) sauf au Bihar (tableau). De plus si certains Etats progressent régulièrement, on constate depuis 2007 dans certains Etats du Nord (Bihar, Rajasthan, Uttar Pradesh), une tendance constante à la baisse des compétences. Cette baisse s’est particulièrement accentuée entre 2010 et 2011. Enfin, l’enquête montre que les écoles privées maintiennent leur niveau de résultats contrairement aux écoles gouvernementales.

Retards de scolarité

Un important dysfonctionnement du système éducatif c'est le retard de scolarité. En Inde, l’âge officiel pour fréquenter l'école primaire est de 6 à 14 ans, et de 15 à 17 ans pour le secondaire. Certains enfants âgés de moins  six ans fréquentent le primaire, mais davantage d'enfants sont encore en primaire alors qu’ils ont passé l’âge. Dans ce dernier cas, les causes seraient l’inscription tardive à l’école et le redoublement d’années de même que le fort taux d'absentéisme des élèves indiens. En classe V près de 50 % des écoliers sont en retard de un à trois degrés de scolarité, en classe VIII le taux est à peine inférieur. Ces retards scolaires freinent l'accès au cycle secondaire et constituent un obstacle important à la poursuite d'études supérieures, surtout pour les enfants défavorisés.

Absentéisme et abandon scolaire prématuré

Beaucoup d'enfants officiellement inscrits à l'école sèchent les cours. Il y a un écart important entre l'inscription et la fréquentation régulière de l'école. Ce fait est reconnu. Si la moyenne de présence en classe des écoliers indiens dans leur ensemble est de 70 %, au Bengale occidental elle n’est que de 60 %, mais la palme revient au Bihar où 50 % de l’effectif inscrit soit un élève sur deux est présent en classe. Et pourtant les Biharis ont des résultats honorables en calcul et ne sont pas les pires en lecture. Leur secret ? Le recours aux cours privés dont ils sont gros consommateurs, 68 % des élèves en VIIIe année dans le public comme dans le privé. Malgré l’obligation qui leur est faite de par la loi tous les jeunes Indiens et surtout les jeunes Indiennes ne poursuivent pas leurs études jusqu’au degré VIII. L’abandon scolaire prématuré se manifeste fortement à partir de la 6e année.

Mauvaise qualité de l'enseignement

La cause essentielle de cette déplorable situation est la mauvaise qualité de l'enseignement.

Plusieurs facteurs contribuent à cette carence : des effectifs de classes trop nombreux, un nombre d’enseignants insuffisant, et le recours très fréquent, plus de 50%, à des classes multiniveaux (tableau). De plus les méthodes pédagogiques sont vieillottes, essentiellement basées sur la répétition et l’appris par cœur. Les manuels scolaires eux-mêmes, sont obsolètes, très éloignés des préoccupations quotidiennes ils ne correspondent pas au niveau des élèves mais constituent souvent l’unique outil pédagogique auquel recourent les maîtres. Malgré les progrès réalisés, les infrastructures sont insuffisantes et peu adaptées. Enfin, si le fort absentéisme qui frappait les enseignants, souvent absents ou, présents dans l’école mais occupés à d’autres tâches, est en cours d’amélioration (tableau), leur formation est insuffisante. L’introduction de l’école obligatoire impose de former un million d’enseignants en cinq ans c’est une tâche immense.

En guise de conclusion

Dans les textes et les discours l’éducation pour tous est une priorité, mais les trop nombreuses disparités, l’inertie de la hiérarchie sociale, le poids des traditions freinent le développement d’un système éducatif efficace. Aujourd’hui la moitié des Indiens sont âgés de moins de 25 ans. C’est un atout, on parle de dividende démographique, car cela représente autant de forces vives pour développer le pays. Encore faut-il que tous puissent se former et trouver un emploi décent sinon l’engrenage de la pauvreté va perdurer et le fossé des inégalités se creuser davantage. L’amélioration de la qualité de l’enseignement, est un immense défi pour l’Inde que ce grand pays saura relever.

 

Sources: ASER Centre, Annual Status of Education Report: ASER 2011 Report
http://www.asercentre.org/

Government of India, Department of School Education & Literacy:  Annual Report 2010-2011
http://www.education.nic.in/

Banque mondiale: Honorer les promesses de l’éducation pour tous. http://go.worldbank.org/5MG4KBKOI0 

 

ASER : Ecoles rurales indiennes en 2011

Etats

Critères

Bihar

Rajasthan

Bengale
Occidental

Kerala

Inde

Inscriptions
des 6-14 ans

 

97 %

95,5 %

95,7 %

99,9 %

96,7%

Ecoles privées

 

5,1 %

35,1 %

6,3 %

60,8 %

25.6 %

Présences  I-V

50 %

69,8 %

60,7

91,9

70,9 %

Présences VI-VIII

49,1

70,8

--

90,8

71,9 %

VIIIe degré  ne savent pas faire une division

25,7

37,3 %

40,8 %

26,7 %

47,2 %

VIIIe degré ne lisent pas un texte de 2e année 

15,8 %

17,7 %

19,7 %

9,9 %

20,6

% de classes multiniveaux

53 %

67 %

38,7%

9,4%

57,6 %

Langue de l’école  différente  de la langue maternelle

53 %

76,9 %

8,1 %

1,5 %

25,4 %

Présences des enseignants

85,2 %

86,4%

86,3 %

92,7 %

86,7 %

Nous avons choisi le Bihar, le Rajasthan et le Bengale Occidental, car EDLT y a des écoles. Le Kerala est un Etat du sud de l'Inde qui sert de témoin car plus avancé et plus prospère.

Françoise Frossard
8 février 2012

 

Copyright 2012 Etat des lieux de l’école indienne rurale : ASER 2011. Ecoles de la Terre

Martial Salamolard, 11, rue de la Fontenette Carouge Genève 1227 Suisse - Tél +41 (0)79 735 0633

www.ecolesdelaterre.ch
Joomla templates 1.7 by Hostgator