L'Inde compte ses pauvres
Une nouvelle définition du seuil officiel de pauvreté à 32/25 roupies par personne par jour provoque la controverse en Inde entre les défenseurs de la justice sociale et ceux de l'équilibre budgétaire, mais attire l'attention sur l'extrême pauvreté de ce sous-continent en pleine croissance.
Quiconque en Inde dispose d'un revenu de plus de 32 roupies (0,57 CHF) par jour en ville, ou 25 roupies (0,45 CHF) à la campagne ne peut être considéré comme pauvre selon la "Planning Commission". C'est-à-dire qu'il peut subvenir seul, sans aide sociale, à ses besoins de nourriture, d'éducation et de santé.
En effet, dans une note du 20 septembre 2011, adressée à la Cour suprême, la "Planning Commission" - Commission au plan qui détermine la politique économique - a livré les conclusions suivantes : seules les familles de cinq personnes vivant avec moins de 4824 roupies (85,73 CHF) par mois en zone urbaine et de 3905 roupies (69,40 CHF) en zone rurale se situent au-dessous du seuil de pauvreté et peuvent bénéficier de la carte BLP (Below Powerty) qui leur donne le droit d'obtenir des denrées de première nécessité à un prix subventionné. Mais malgré cette définition très restrictive, ils sont actuellement 400 millions d'Indiens à se situer au-dessous de cette ligne, soit 100 millions de plus que selon les chiffres de 2004 (19/15 roupies par jour).
Les nouveaux chiffres du BLP se prêtent à controverse et un débat nourri fait rage dans les milieux concernés. En effet, ces données déterminent le montant des dépenses sociales de l'Etat central et des Etats fédérés, car la plupart des programmes gouvernementaux d'aide sociale dépendent du calcul du seuil de pauvreté pour leur application. Les membres de la Commission et des gouvernements qui s'opposent à l'augmentation du nombre officiel de pauvres assurent que les montants supplémentaires (plusieurs milliards de CHF) mettent en danger un équilibre budgétaire déjà fragile.

Par contre, les experts du développement et de la santé considèrent ces chiffres comme largement sous-évalués (voir encadré). La pauvreté est endémique en Inde. Au total 43,5% des enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition; c'est plus qu'en Afrique subsaharienne. Comme par hasard, les dépenses de santé dépassent à peine 1% du PIB. Seuls sept pays au monde ont des dépenses de santé inférieures à celles de l'Inde selon l'OCDE. Et celles d'éducation ne représentent que 3% alors que la moyenne des dépenses éducatives dans les pays développés se situe entre 5 et 6%. Le principal dispositif indien de lutte contre la pauvreté est le PDS - Public Distribution System - système public de distribution qui approvisionne les plus pauvres pour autant qu'ils soient détenteurs de la carte BPL, en denrées de première nécessité tels que le blé, le riz et le thé. Or ce dispositif est tellement miné par la corruption et la bureaucratie que les bénéficiaires de l'aide n'obtiennent même pas la moitié des céréales qui leur sont destinées. Enfin, selon l'indice de pauvreté multidimensionnelle (PNUD) qui prend en compte d'autres critères que le revenu, 55,4% de la population indienne vit sous le seuil de pauvreté.
Le sort des pauvres va-t-il s'améliorer un jour en Inde ? Les experts les plus optimistes pensent que ce sera long. Parmi les mesures susceptibles d'améliorer les conditions de vie des déshérités une loi garantissant le droit à l'alimentation est en préparation qui pourrait s'avérer efficace pour autant que les critères d'application en soient calculés largement.
Françoise Frossard - le 28 novembre 2011





