Article de L’Illustré – 12 mars 2014

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Article de L’Illustré – 12 mars 2014

Category : Nouvelles CH

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L’éditorial de Michel Jeanneret 

«Martial raconte notre planète qui tourne carré, avance sur trois pattes»

C’est le genre d’infos que nous prenons dans la figure le soir, lorsque nous regardons religieusement Darius nous raconter en une minute trente que des enfants meurent et des gens souffrent. Même si

cela se passe souvent loin de chez nous, on a l’impression qu’on ne s’y fait pas. Que la violence de ce type de sujets est toujours aussi forte. Mais la vérité, c’est que face à ces images trop souvent ressas- sées, racontant toutes la même immuable tragédie, la même désespérante injus- tice, nous restons généralement les bras ballants. Difficile d’empoigner quelque chose de si gros. Et passé les news du soir, que reste-t-il de tout cela? Le semblant de culpabilité s’évanouit sous le poids de nos propres problèmes, lorsqu’il n’est pas tout simplement balayé par notre quoti- dien. On ne peut d’ailleurs pas complète- ment s’en blâmer. Il serait bien illusoire de se reprocher systématiquement toute la misère du monde. Mais on est en droit d’admirer ceux qui tapent du poing sur la table. Qui décident qu’on ne doit pas rester sans rien faire. Là où la majorité baisse les bras, certains remontent leurs manches. Respect.

L’article que nous publions cette semaine n’est pas le énième papier pétri de bons sentiments sur les ravages que l’injustice sème dans le monde. C’est jus- tement l’histoire d’un type qui a décidé que tout cela n’était pas normal. C’est l’histoire de Martial Salamolard. Son nom ne vous dit rien et c’est assez révélateur du peu d’attention que l’on prête à ce genre d’actions. Car Martial Salamolard est pourtant à la tête d’une structure qui emploie plus de 200 personnes en Inde, scolarise 6000 (!) gamins et vient en aide à leur famille. Un mini-empire de l’humanitaire que ce banquier valaisan a bâti après avoir plaqué son job en Suisse, frappé par le sort de la population locale rencontrée pendant ses vacances (lire en page 18). Quand on sait qu’il suffit de 25 francs par année pour scolariser un enfant et que l’on consolide à hauteur de milliards les deux plus grandes banques de Suisse en les exemptant d’impôts, on a beau la raconter comme on veut, hurler au populisme face à cette association hasardeuse, il n’en reste pas moins qu’il y a comme un problème.

C’est bien cela que l’histoire de Martial Salamolard raconte. Notre planète qui tourne carré, notre système qui avance sur trois pattes. D’ailleurs, pas besoin
de partir à l’autre bout du monde pour s’en convaincre. On entend ces temps-ci, chez nous, tous les tenants du libéra- lisme nous raconter à quel point notre économie serait péjorée par l’introduc- tion d’un salaire minimal de 4000 francs. Ils ont assurément et malheureusement raison. Mais cela ne balaie pas le malaise, ni n’élude cette question: dans quelle société vivons-nous pour justifier le fait qu’on ne peut pas se permettre de payer les gens décemment, de les nourrir à leur faim, alors que l’on génère en parallèle des richesses inouïes? En fermant les yeux, nous préservons peut-être notre confort actuel, mais le jour viendra où ce grand écart va finir par faire mal.

L’article de Christian Rappaz

 

Mères et cheffes d’entreprise

Seize ans après sa fondation, Ecoles de la Terre a étendu ses activités bien au-delà de la scolarisation. L’ONG genevoise a créé une structure médicale, des centres d’apprentissage et introduit, en 2009, un programme de microcrédit réservé aux mères de famille, réputées plus fiables que leur mari. «Le but est de permettre aux gens d’augmenter leur niveau de vie et d’assurer ainsi l’éducation des enfants», explique Martial Salamolard, le fondateur.

Et ça marche. Avec 5000 roupies (environ 70 francs), une femme peut lancer une petite activité telle que monter un processus de traitement du riz. Renouvelable, le prêt est remboursable en quarante semaines à un taux inférieur à 10%. «En 2013, les intérêts ont financé le quart du budget global de l’association. A terme, nous visons 50% puis l’autofinancement.» Auprès des usuriers locaux, le taux peut parfois atteindre 360%!

 

«Papa Martial»: «l’enfant, c’est le matin du monde»

Trois mois passés auprès des orphelins de mère Teresa ont fait basculer sa vie.

Ridighi, Purba Jatta, Camijuli, Bodhgaya, Pachhati, Sujata, Jaisalmer…
Il y a de la poésie dans les noms des localités que nous visitons, une à une, au côté de Martial Salamolard. Beaucoup de misère aussi, dans des régions rurales ignorées du développement économique de l’Inde. Et comme partout où sévit l’extrême pauvreté, ce sont d’abord les enfants qui trinquent. C’est pour eux que le Valaisan a tout quitté. «Parce que le droit à l’éducation, c’est le droit à la vie.» Sur cette conviction, il fonde alors l’association Ecoles de la Terre, en été 1998. Seize ans plus tard, l’ONG basée à Carouge (GE) scolarise gratuitement plus de 6000 enfants. Au fil de son extraordinaire essor, elle a aussi développé une structure médicale, des centres d’apprentissage pour jeunes filles et un programme de microcrédit. De quoi occuper son fondateur et Marie, sa compagne, à plein temps. Elle à Genève, lui sur le terrain pour soutenir ses équipes, améliorer l’ordinaire et mener à bien de nouveaux projets. Du Bengale-Occidental au désert du Rajasthan, en passant par Calcutta et Delhi, les Ecoles de la Terre ont ainsi poussé comme autant de belles fleurs dans un jardin en friche. Partout, papa Martial, comme l’appellent ses protégés, est reçu avec la même ferveur, le même respect. Banderoles, discours, chants, danses, les dizaines d’éducateurs et leurs milliers d’élèves lui témoignent leur reconnaissance. Partout, le même rituel: un collier de fleurs de jasmin en guise de bienvenue, un point rouge sur  le front censé lui porter bonheur. A chaque fois, le même plaisir, la même émotion pour le Suisse.

Un empire de générosité

Rien ne destinait pourtant Martial Salamolard à un tel engagement. Dans une autre vie, ce Valaisan de 66 ans, qui quitta son val d’Hérens natal à 20 ans pour étudier l’économie au bout du lac, passait ses journées en costard-cravate dans le bureau cossu d’une banque de la rue du Rhône. Père d’une petite fille, ce fou de foot, lui-même honnête joueur de première ligue, présida aussi aux destinées d’UGS, naguère le club le plus huppé de la république à l’ombre du grand Servette. Une trajectoire rectiligne, presque banale, de laquelle il ne pensait jamais dévier. Et puis, en 1997, à 49 ans, c’est le grand chambardement. Une fin de mandat sportif douloureuse, un voyage initiatique de huit mois en Inde avec trois mois de bénévolat dans un orphelinat de Calcutta tenu par l’ordre de mère Teresa, et tout bascule. «Déjà très proche de la culture indienne, j’ai été ébranlé par le sort des enfants. Comme le blabla n’a jamais secouru personne, j’ai décidé de passer à l’action», raconte-t-il avec une touchante modestie. Aujourd’hui, Ecoles de la Terre compte 27 unités scolaires et centres d’apprentissage, 30 000 consultations et traitements médicaux par année, un hôpital de campagne, un dispensaire, une ferme-école, 7000 prêts de 70 francs renouvelables et remboursables sur quarante semaines accordés à 2000 mères de famille. Et, désormais, un programme d’installation de stations d’épuration des eaux dans les zones où l’insalubrité et la pollution mettent en péril la santé des habitants. Un véritable tour de force avec un budget annuel de 150 000 francs, collectés auprès de sponsors, d’entreprises et de donateurs. «Professeurs, transports et matériel compris, l’écolage d’un élève coûte 25 francs par année», précise le fondateur.

860 langues

Sujata, 9 heures du matin. Attentif, Martial Salamolard esquive d’un pas en arrière la marque de considération ultime que tente de lui porter un enfant: le toucher des pieds, la partie la plus impure du corps selon la tradition. Un honneur et un signe d’immense respect pour ne pas dire d’asservissement. «Je ne m’y habituerai jamais», lâche le Valaisan, gêné, avant de s’adresser aux élèves. En anglais. «L’enseignement de l’anglais est l’une de nos priorités. Dans un pays qui parle 860 langues, c’est le seul moyen d’optimiser nos programmes.» Entre deux écoles, les haltes auprès des mères cheffes d’entreprise se multiplient. Ici, une femme fabrique des filets de pêche, là, une autre a ouvert un petit commerce de poissons, une troisième confectionne des saris, le vêtement féminin traditionnel. Grâce au microcrédit, dont les intérêts sont réinjectés dans le compte d’exploitation de l’association, les mères de famille, souvent délaissées par leur mari, s’assurent un petit revenu qui leur permettra d’assurer l’éducation des enfants. «Nous sommes une goutte d’eau dans un océan de détresse. Mais chaque enfant de la Terre mérite d’avoir sa chance. L’enfant, c’est le matin du monde.» Le combattant de la misère, c’est certain, ne lâchera rien…

Texte : Christian Rappaz
Photos : Christian Lutz

 

 


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